Marathon Women (Version Française)

Les femmes vont être à l’honneur au marathon de Nice ce dimanche 4 novembre.

Ma sœur, Claire, cours son premier marathon. Pour ma mère, Simone, ce sera le 22ème et le dernier. Quant à moi, je fais le voyage depuis les États-Unis pour accompagner ma cadette dans son aventure.

Mon père, Alain, connaît bien le parcours qui part de la Promenade des Anglais pour arriver sur le boulevard de la Croisette à Cannes: il l’a fait cinq fois. Dimanche il participera non pas en tant que coureur mais en tant que supporteur. Une pose de demi-prothèse du genou en début d’année a mis fin à sa pratique de la course à pied — après 23 marathons en 31 ans.

« Ce sera un melange de fierté — mes trois femmes sont dans la course, — et aussi de nostalgie, » m’a dit Alain. « Pour la première fois, je vais courir par procuration. Je ne serai pas dans ma bulle mais un observateur. »

Le mari de Claire, Flo, et leurs deux enfants, Noélie, 13 ans, et Noam, 11 ans, seront aussi de la partie pour nous encourager.

Le marathon est plus qu’une tradition familiale chez les Daurats. Il a jalonné des moments forts de nos vies sur deux continents. Alain, alors âgé de 46 ans, fut le pionnier sur la distance en 1994, avec un temps de 3h23 au marathon de Paris. Simone s’y est mise l’année suivante, en 4h04 pour son premier marathon. À l’époque il n’y avait pas de puces pour calculer le temps réel. C’était bien avant l’engouement actuel pour le sport. Il n’y avait pas besoin de s’inscrire des mois à l’avance, ni de retirer son dossard à un « Salon du Running » avec des centaines d’exposants. Les marathoniens étaient encore considérés comme des bêtes rares.

En 2002, je me suis inscrite à la dernière minute pour courir le marathon de Paris avec mes parents, n’ayant aucune idée de ce que la distance pouvait représenter. Je suis restée avec Simone pendant pratiquement toute la course. Elle m’a donné le tempo — ce rythme de métronome qui la caractérise — et la force de continuer dans l’effort. Côte à côte avec ma mère, en silence pour la plupart du temps: c’est le souvenir inoubliable que je garde de mon premier marathon.

« J’étais tellement contente de te voir t’envoler à quelques kilomètres de la fin! » m’a dit Simone. « J’avais déjà l’impression de passer le flambeau. J’étais loin d’imaginer les performances que tu allais réaliser plus tard. »

Au cours des 13 années suivantes, j’ai couru 11 marathons, dont quatre en moins de 3 heures. Nous sommes en 2015, et mes parents, maintenant âgés de 67 et 68 ans, décident courir leur dernier marathon à Boston. C’est le marathon le plus envié au monde, réservé aux coureurs qui réussissent à se qualifier: autant finir en beauté.

Rien ne s’est passé comme prévu. Blessée, je n’ai pas pu m’entraîner correctement, et j’ai décidé de courir en accompagnatrice de celui de mes parents qui serait le plus lent. Une fois n’est pas coutume, ce fut Alain, qui dès le départ a su que ce serait un jour « sans. » Après des heures de souffrance sous la pluie et dans le froid, nous avons franchi la ligne d’arrivée ensemble, tous deux pris d’une émotion intense. Une expérience père-fille gravée à jamais dans ma mémoire. Avec le recul, Alain voit ce souvenir comme une passation de témoin entre lui et moi.


Maintenant c’est au tour de Claire de s’attaquer à la distance. Pour une née Daurat, c’est même étonnant que cela ait mis si longtemps.

« La course à pied est une sorte d’institution dans la famille. Ça nous réunit, on aime parler sport ensemble, » m’a dit Claire. « Je suis la seule à ne pas avoir fait le marathon, donc je tente le coup pour mes 42 ans! »

Pour une débutante, Claire s’est déjà comportée comme une pro à l’entraînement, en démontrant qu’elle a le mental pour faire face à l’adversité. Elle s’est blessée mi-août lors d’un footing de 18 km en pleine vague de chaleur, qui en plus comportait des escaliers. Le diagnostique: tendinite sur le côté du genou gauche et 10 jours de repos. La douleur était toujours là quand elle a repris. Nous étions à moins de 10 semaines du marathon.

« Ça m’a complètement démoralisée, » Claire m’a dit. « J’ai dû rester dans cet état bien trois semaines, persuadée que je ne ferais pas le marathon. »

Grâce à son kinésithérapeute et à l’acupuncture, elle a commencé à aller mieux. Après les « montagnes russes émotionnelles, » elle a commencé à rallonger ses footings — et à recommencer à y croire.

Son but est de terminer le marathon. Claire n’a pas de chrono en tête, mais elle a un regret: « J’aurais adoré le faire avec mon père aussi. »

Son équipe de supporteurs est fin prête.

En tant que grande soeur, j’ai hâte de me retrouver dans mon rôle de coach et de « boosteuse de moral. » N’ayant aucune pression pour faire un chrono, je peux me dédier entièrement à ma mission: emmener Claire sur la ligne d’arrivée.

Flo, qui a accompagné sa femme en VTT pour ses longues sorties, m’a dit qu’il a fallu gérer le stress et la déception pendant la préparation. Mais au final ça s’est bien passé.

« Je veux qu’elle se fasse plaisir avant tout. »

Les enfants, eux, sont ravis de faire partie de l’aventure.

« Je vais ressentir de la joie de voir maman, mamie et tata Cécile sur la ligne d’arrivée, » m’a dit Noélie. « Je serai très très fière. »

Noam est content que sa mère tente le marathon. « C’est très bien parce qu’elle est forte!»

« Avant le départ je vais lui dire de ne rien lâcher! Et qu’elle va y arriver! »

Quand leur tante, cette acharnée de la course à pied, leur demande si eux aussi pensent courir un marathon un jour, la réponse est non. « Pour l’instant, ça me parait infaisable, » dit Noélie. Dixit Noam: « 42 kilomètres ce n’est pas rien. C’est énorme! »

Je pensais exactement comme eux à leur âge.

On verra dans quelques décennies. Pour le moment, leur mamie s’apprête à courir son deuxième « dernier » marathon. Elle me dit qu’elle a fait l’entraînement qu’il fallait « compte tenu de mon âge. » Je suis témoin car lors de la visite de mes parents aux États-Unis en septembre, nous avons fait plusieurs footings de 2 heures ou plus.

Comme avant chaque marathon, même après toutes ces années, Simone « stresse à mort » à quelques jours du départ. « Mais je tente de ne surtout pas le montrer à Claire! »

« Mon rêve: une arrivée toutes les trois main dans la main. Mais là je rêve, vraiment. »

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